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Par : SNU62
Publié : 12 mai

DROITS ET LIBERTES

[Dossier] Ecole et genre

mai 2022




Avec la libération de la parole, la transidentité a franchi les portes de l’école. Mais cela génère des situations complexes qui peuvent poser des difficultés professionnelles au quotidien. Dossier FSC SNUipp FSU

Le cas de Lilie, qui se sent « petite fille piégée dans un corps de garçon », a été fortement médiatisé il y a quelques mois. Avant cela, le documentaire d’Arte « Je suis une fille », racontant l’histoire du petit Sasha qui affirme depuis l’âge de 4 ans ne pas être un garçon, avait livré un témoignage bouleversant sur un phénomène méconnu, la dysphorie de genre. Ce trouble, qui se traduit par le sentiment de ne pas appartenir au sexe assigné à la naissance, apparaît souvent dès l’âge de 2 ou 3 ans. L’école y est donc confrontée très tôt. Or la plupart des enfants présentant une dysphorie de genre ne sont pas « examinés » avant 6 ou 9 ans. Ce sont donc en moyenne cinq longues années durant lesquelles ce mal-être n’est pas pris en compte.

 Une école percutée

C’est ce que confirme la Défenseure des droits dans le rapport Santé mentale des enfants 2021 : « le nombre de saisines concernant des enfants transgenres qui peinent à faire accepter, avec bienveillance, leur identité de genre dans le contexte scolaire augmente ». Le travail des associations LGBT qui contribue à une large prise de conscience n’y est sans doute pas étranger. À l’école, les élèves peuvent être victimes de rejets, injures, harcèlements et discriminations de la part de leurs pairs. L’institution ne parvient pas toujours à les accompagner dans leur nouvelle identité. Des souffrances qui peuvent être sources de décrochage et de troubles ou de détresses psychologiques. La Défenseure des droits recommande (Décision cadre n°2020-136 du Défenseur des droits) de permettre aux mineurs et jeunes transgenres de se faire appeler par le prénom de leur choix, d’employer les pronoms correspondants, de respecter les choix liés à l’habillement, et de prendre en considération leur identité de genre pour l’accès aux espaces non mixtes existants (toilettes, vestiaires, dortoirs). Le rapport précise que « chaque situation doit être analysée in concreto au regard de l’intérêt supérieur de l’enfant prévu à l’article 3 de la Convention internationale des droits de l’enfant, en tenant compte de la volonté du mineur et de ses représentants légaux ».

 Pas si simple

Dans une circulaire du 30 septembre 2021 « Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire », le ministère de l’Éducation nationale conseille aux PE d’être à l’écoute des élèves et de leur famille, d’assurer des bonnes conditions de scolarité, d’identifier les meilleures mesures d’accompagnement en concertation avec l’élève et la famille… des instructions ministérielles pas toujours faciles à mettre en œuvre au quotidien. Le manque de formation, la diversité et la particularité des situations sur le terrain déstabilisent les équipes enseignantes. Celles-ci évoquent des situations complexes, des équilibres fragiles construits avec les familles mais surtout elles notent le manque d’accompagnement de la part de l’administration. Des problématiques de métier se posent comme construire un climat apaisé, accepter l’autre, déconstruire des jugements ou encore gérer l’accès aux toilettes. L’école, l’élève et la famille se heurtent à des contradictions comme pour l’utilisation d’un autre prénom. La circulaire ministérielle indique que l’accord des deux parents est requis si l’enfant est mineur, une obligation qui entrave les droits des enfants selon les associations. De plus, si le prénom est modifié sur les listes de l’école et à la cantine et est utilisé au quotidien, il demeure, en revanche, inchangé sur les documents officiels, comme dans le logiciel ONDE. Les avancées pour prendre en compte l’inclusion des élèves transgenres sont effectives mais elles demeurent encore trop fragiles et doivent être consolidées à l’école comme ailleurs.

ANNE BARGIACCHI est pédopsychiatre. Autrice de « C’est pas mon genre ! Les clés pour répondre aux questions de votre enfant sur le genre », Ed Marabout, 2022

Est-ce important que le sexe ressenti par l’enfant soit accepté ?

L’identité de genre est une des facettes de notre identité qu’on ne choisit pas. Ce n’est ni une maladie, ni une anomalie, ni une bizarrerie, c’est juste une variation par rapport à une norme statistique. Le fait d’être sans cesse renvoyé dans une identité de genre qui n’est pas la sienne crée de la souffrance, du mal être et est source de troubles anxieux, parfois d’auto-agression. Ces enfants ne se sentent ni entendus, ni acceptés. Sur le plan du développement psychologique, un enfant doit se sentir en sécurité et accepté pour mettre de l’énergie dans les apprentissages. Il ne doit pas avoir besoin de vérifier sans cesse que son environnement est acceptant et soutenant.

Quels sont les malentendus avec l’école ?

Les croyances sont très fortes et il circule de nombreuses fausses informations qui font peur et empêchent les gens d’évoluer : penser que l’enfant est transgenre parce qu’un parent a fortement désiré avoir un enfant d’un autre genre ou que c’est parce que les parents le soutiennent ou l’obligent. Le malentendu le plus fréquent est de penser qu’accompagner une exploration ou une transition, c’est être du côté de la maltraitance de l’enfant. Or, on a désormais des arguments pour dire que l’enfant n’est pas en danger lorsqu’il est soutenu. Il y a aussi souvent confusion entre le sexe et le genre. Quand on commence à parler d’exploration, on ne parle pas de la sexualité. Enfin, ce qui va être dit aux autres parents et enfants est un frein même si dans 99% des cas, cela ne pose pas de difficultés aux autres enfants.

Quels conseils aux enseignants ?

Se former, avoir des informations sur le sujet, sortir d’une vision pathologique. Se dire que les possibles sont plus larges que ce qu’on pensait. Prendre du temps pour aller à la rencontre d’associations afin d’échanger et de comprendre. Se méfier des discours du « tout ou rien » car chaque parcours est individuel. Certains enfants se contentent d’explorer, d’autres transitionnent. Il faut avant tout croire l’enfant, lui laisser cette possibilité de s’exprimer pour qu’il puisse se définir tel qu’il est. Demander à être identifié à un autre genre pour être considéré différemment nécessite un courage énorme, ce n’est ni un jeu, ni un caprice.


DES DROITS RECONNUS

En février 2010, la France est le premier pays au monde à retirer « le transsexualisme » et les « troubles précoces de l’identité de genre » de la liste des affections psychiatriques. Il faudra attendre 2019 pour que l’Organisation mondiale de la santé considère officiellement que la transidentité n’est pas une maladie mentale. En 2016, une nouvelle loi sur le changement d’identité met un terme à la jurisprudence de la Cour de cassation de 1992 qui exigeait des personnes trans qu’elles démontrent le caractère irréversible de changement de sexe pour pouvoir changer de prénom. Les personnes trans n’ont, en principe, plus à produire de documents médicaux pour faire une demande de changement d’état civil. Il suffit de montrer que l’apparence et le comportement sont différents du sexe assigné à la naissance et que la personne est traitée comme telle par son entourage familial et amical. La transidentité a « percuté » l’école au point que le ministère a édicté une circulaire le 30 septembre 2021. Celle-ci rappelle « dans le respect du droit commun, les règles à suivre pour prendre en compte les élèves transgenres et partager les bonnes pratiques qui ont pu être mises en œuvre ».