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Par : SNU62
Publié : 21 octobre 2022

COMPTE RENDU

« Grands débats » ou la libéralisation de l’école publique

octobre 2022



La FSU-SNUipp 62 a siégé au Groupe Départemental des Directeurs d’Ecole du 7 octobre 2022, en présence du DASEN du Pas-de-Calais, avec un seul point à l’ordre du jour : la mise en place des « grands débats » (appelés pompeusement « Notre École, faisons-la ensemble »). Compte rendu

Expérimentées à la rentrée 2021, les évaluations d’écoles devaient être généralisées à la rentrée 2022, à hauteur de 20% par an. Le Ministère, en raison de la mise en place des grands débats a annoncé leur report après le mois de décembre.

Éloignées des besoins des écoles et des personnels, plus qu’un report, le SNUipp-FSU demande l’abandon de ces évaluations !

 Le "grand débat" : des évaluations d’écoles déguisées

La mise en œuvre de l’expérimentation marseillaise n’est toujours pas achevée et évidemment, aucun bilan n’en a été fait ; mais le président Macron a annoncé les premiers effets « positifs » et sa généralisation, dès cette rentrée, dans le cadre du Conseil National de la Refondation et du "grand débat".

Pour autant, l’annonce de ces grands débats (appelés aussi concertations « Notre École, faisons-la ensemble ») reste très floue. Et quand c’est flou… c’est qu’il y a un loup.

Le président Macron a posé les principes d’une méthode visant à "donner plus d’espace et de liberté aux équipes pour créer dans leur école ou dans leur établissement une dynamique locale et collective de concertation autour de l’École, associant toutes les parties prenantes".

Suivant les propos du DASEN, il s’agirait de penser et faire évoluer l’École de demain, de relever des défis à l’échelle locale.

Pour ce dispositif, 3 grandes étapes sont fixées :

  • la concertation
  • la rédaction d’un projet pédagogique
  • la demande d’accompagnement financier

Le DASEN précise que les équipes se sont pas obligées de s’engager dans chaque étape : on peut ne faire que l’étape 1 (juste la concertation : quel intérêt ?) on peut également ne faire que les étapes 1 et 2 (rédiger un projet sans bénéficier de son financement ? Là encore, quel intérêt ?).
Par contre, bien évidemment, on ne peut pas se contenter de ne faire que l’étape 3...

Concrètement, les projets seraient élaborés par tout ou partie de l’équipe d’une école, d’un établissement ou d’un réseau (une école et son collège pour une réflexion sur le lien CM2/6ème par exemple), uniquement sur la base du volontariat, au travers d’échanges (appelés « ateliers » par le DASEN) avec les parents d’élèves, les élu-es (municipaux, député-es...), voire au delà, partenaires associatifs, entreprises privées... Aucun cadre contraignant, une liberté totale, juste la publication d’un guide méthodologique ministériel.

Malgré les demandes répétées de journées banalisées pour les équipes qui souhaitent s’y associer, le DASEN a rejeté cette idée « difficile à appliquer ». Rien de surprenant après plusieurs années de crise de recrutement et de pénuries de remplacement !

Le DASEN propose donc d’ attribuer 12 heures de concertation (« prises sur des conseils d’écoles, de maîtres... ») pour ces grands (blablas ?) débats. Le DASEN a refusé catégoriquement de prendre ce temps sur les APC ou les animations pédagogiques.

Puis à l’issue des échanges, une commission (dont on ignore toujours la composition) sera réunie : elle évaluera la pertinence et la cohérence des projets, accordera ou non des moyens.

En appui aux équipes engagées dans le dispositif, un groupe de 5 référent-es académiques est constitué (1 proviseure cie scolaire, 1 inspecteur 2nd degré, 1 IEN, 1 enseignant chargé(e) de mission pour l’Education au Développement Durable , 1 directeur vie scolaire).

Au niveau des moyens supplémentaires octroyés, le ministère a débloqué une enveloppe de 500 millions d’euros sur 5 ans (200 millions pour cette année scolaire).

La FSU-SNUipp a vivement dénoncé cette accumulation de tâches et injonctions dans les 108 heures (animations pédagogiques, plan laïcité, évaluations d’école, grands débats…) et a rappelé que, selon une étude de la DEPP de 2014, le temps de travail hebdomadaire d’un professeur des écoles est de 45 heures par semaine et au moins 12 jours de vacances sont consacrés au travail scolaire.

La FSU-SNUipp a également rappelé le danger d’ouvrir les écoles aux entreprises privées. Le DASEN n’a pas semblé s’offusquer d’une possible publicité des entreprises dans nos écoles. Il a pourtant été rappelé pendant ce groupe de travail que la loi oblige à masquer toutes les marques dans les écoles (affichages, matériel…) afin de préserver la neutralité du service public.

La notion de volontariat interroge : on peut imaginer la pression exercée par les parents, les élu·es (municipaux, député-es...) et à laquelle seront soumises les équipes qui ne souhaiteront pas s’engager dans le dispositif. Dispositif qui accorde par ailleurs davantage de place aux parents d’élèves mais aussi aux élu·es locaux dans la "chose pédagogique" et le fonctionnement des écoles.

 L’avis de la FSU-SNUipp

La FSU-SNUipp invite les équipes à refuser de participer à ces concertations. Contractualisation, clientélisme, mise en concurrence des écoles publiques sont les marqueurs de ce dispositif qui institutionnalise un système scolaire s’éloignant encore un peu plus des valeurs républicaines d’égalité des citoyens devant leurs services publics. Une territorialisation des moyens d’enseignement est clairement à craindre.

Demander aux familles et à l’ensemble des élu-es d’investir le fonctionnement de l’école est problématique et dangereux. Lors d’une récente audience au ministère, la FSU a rappelé le danger de permettre aux élu-es d’extrême droite de participer à ces concertations. Rappelons notamment que dans le Pas-de-Calais, 2 municipalités et 6 députés font partie du RN… Que répondra notre institution en cas de demandes anti-républicaines dans nos écoles ?

Dans le "grand débat", pas de place pour la réduction des effectifs dans les classes, pour les moyens de remplacement, pour les RASED, pour l’indispensable formation professionnelle, pour les AESH, pour la prise en charge des élèves en inclusion ou plus largement à besoins particuliers... Autant de mesures qui pourraient répondre à la demande du recteur de "renforcer la réussite des élèves, agir contre les inégalités et améliorer le bien-être des élèves".

Le paradoxe macroniste de ce dispositif consacre l’entrée de l’École dans la start-up nation, voulant promouvoir toujours plus d’autonomie pour les écoles, tout en augmentant le contrôle sur les pratiques enseignantes via les évaluations standardisées. Pas à pas, le président tisse sa toile libérale sur l’École.

Pour le SNUipp-FSU, une autre École est pourtant possible, intégrant le respect et la reconnaissance de tous les personnels des écoles, tout en permettant des conditions d’apprentissage et de réussite pour tous les élèves.
C’est le projet que développe le SNUipp-FSU dans son livre blanc.